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Chapitre à la Communauté de Scourmont
la Solennité du Saint Sacrement
26 juin 2011
La concélébration
À l’Eucharistie de ce matin je commenterai l’Évangile du Jour.Dans ce chapitre-ci je voudrais dire un mot d’un aspect pratique de la célébration eucharistique, à savoir la concélébration. Il y a peut-être des points de notre célébration quotidienne que nous aimerions améliorer ; il peut donc être utile de réfléchir dans un premier temps sur le sens de la concélébration. Et il pourra aussi être bon de faire un peu d’histoire.
Tout d’abord l’histoire assez récente.Les plus anciens parmi nous, c’est-à-dire ceux qui ont vécu la vie monastique avant le Concile Vatican II, se souviennent de ce qu’était alors la situation concernant la célébration eucharistique dans nos communautés.Chaque prêtre célébrait sa messe privée qui était servie par un frère convers, un novice ou un moine de chœur non encore prêtre. Les frères convers assistaient aussi ensemble à une messe célébrée pour eux, puis il y avait la messe conventuelle chantée à laquelle personne d’autre que le célébrant ne communiait.Le dimanche, les frères convers assistaient aussi à la messe conventuelle.
Avec la conscience liturgique retrouvée avec Vatican II, on se rend compte combien cette situation était étrange, pour ne pas dire aberrante.Le matin, après les Vigiles, célébrées en commun, tous les prêtres et leurs serviteurs se dispersaient sur autels latéraux pour célébrer privément ce que la théologie nous disait être le sacrement de l’unité. Et tous assistaient plus tard dans la matinée à une messe conventuelle à laquelle personne d’autre que le célébrant ne participait pleinement, puisque lui seul communiait.
Dans les années qui précédèrent le Concile, dans le cadre du mouvement liturgique qui doit énormément à Dom Lambert Baudouin, l’idée de remplacer cette pratique par la concélébration se répandit graduellement.
En réalité, la concélébration avait toujours existé dans l’Église, mais jamais de la façon dans laquelle on la connait actuellement.Il faut dire que notre pratique actuelle est une chose nouvelle. Dans l’Église ancienne, l’usage de la concélébration était pratiqué lorsqu’on voulait souligner l’unité du sacerdoce et l’unité entre diverses Églises locales ; par exemple lorsqu’un évêque en recevait un autre comme hôte dans sa cathédrale.De même lorsque plusieurs évêques en consacraient un autre.Et lors de l’ordination sacerdotale le nouveau prêtre concélébrait avec l’évêque qui venait de l’ordonner.
Hors ces cas qui demeuraient des exceptions, on insistait dans l’Église ancienne sur l’unicité de célébration dans chaque Église locale. On n’imaginait pas une co-présidence de l’Eucharistie, et il était normal que les prêtres qui n’avaient pas une assemblée à présider participent, comme les autres fidèles, à une messe célébrée par un d’entre eux.On dit que les Papes Pie IX et Léon XIII ne célébraient pas quotidiennement, mais préféraient assister et communier à une messe célébrée par quelqu’un d’autre.
Quant à l’ensemble des fidèles, la communion était devenue très rare pour eux au cours des siècles ; et c’est Pie X qui, très heureusement, rétablit l’accès facile et même quotidien pour tous à l’Eucharistie.C’est depuis lors que l’on considère qu’il est essentiel pour un bon chrétien et en tout cas pour un religieux de communier tous les jours.On considère aussi qu’il est normal pour un prêtre de célébrer tous les jours, même s’il n’y a jamais eu aucune règle canonique l’obligeant à le faire.
Toujours est-il que Vatican II, dans la Constitution Sacrosanctum concilium publiée dès la première session du Concile, n’introduit pas la concélébration, puisqu’elle existait déjà, mais en élargit le champ d’exercice (nº 57).Toutefois, les Pères conciliaires ne prévoyaient pas du tout une concélébration quotidienne dans les monastères, comme nous le faisons.Ils mentionnaient qu’on pourrait utiliser la concélébration, par exemple, lors bénédiction d’un abbé, comme on le fait lors d’une ordination sacerdotale ou épiscopale.Mais dès la promulgation de la Constitution, la pratique de la concélébration quotidienne s’est rapidement répandue dans les communautés monastiques d’hommes.Rome fut pris de court, et la législation dut suivre la vie.Au début, Rome insistait pour que tous les concélébrants portent la chasuble. Puis on insista sur l’aube, ne jugeant pas que la coule fût un ornement liturgique, même si déjà la pratique s’était répandue de faire des aubes identiques à des coules monastiques, etc.
Il y aurait beaucoup à dire – mais nous n’en avons pas le temps ce matin – sur la « petite histoire » qui entoura l’élaboration du rituel de la concélébration.Beaucoup d’éléments de ce rituel avaient explicitement pour but de ménager la sensibilité des prêtres – surtout des prêtres âgés qui célébraient en privé depuis de nombreuses années – et qui auraient l’impression de ne « pas dire la messe », si on n’imaginait pas des façons de leur faire faire quelque chose durant la célébration, tel que la récitation des mémentos, par exemple.
Déjà dès les débuts, de bons liturgistes voyaient cette concélébration de tous les prêtres dans une communauté monastique comme une simple transition permettant de mettre fin à la pratique des messes privées juxtaposées. En effet, s’il était anormal pour une communauté que personne d’autre que le célébrant ne communie à une messe conventuelle, il est aussi anormal d’avoir une célébration où le nombre des présidents est plus grand que le nombre des autres participants.En effet, en bonne théologie, la messe est célébrée par toutes les personnes qui y participent et le rôle du prêtre ordonné est de présider cette célébration.
Le sacrement de l’Eucharistie a pour but de rendre présent l’unique sacrifice du Christ, afin que tous les fidèles, y compris les prêtres, puissent s’y unir.Ce sacrifice est unique et n’est jamais répété.Il est donc simplement rendu présent.Qu’il le soit par le ministère d’un prêtre ou par celui de vingt prêtres ne change rien. Dans une communauté où il y a vingt prêtres, Dieu n’a pas besoin que tous concélèbrent. Eux peuvent en avoir besoin, et c’est pourquoi ils le font. Il n’y a donc rien de scandaleux à ce qu’un prêtre préfère participer à l’eucharistie comme le reste des fidèles plutôt que de s’ajouter au nombre des concélébrants.
Très tôt, dans nos monastères, on a essayé de faire en sorte que la concélébration soit vraiment une affaire de communauté et que la séparation des prêtres concélébrants des autres participants ne soit pas trop accentuée. Ainsi, en général toute la liturgie de la Parole se déroule dans les stalles du chœur et toute la communauté monte dans le sanctuaire pour la seconde partie de la célébration.
Il y a aussi la question de la présence des laïcs.Si on accepte que des laïcs, en particulier des retraitants et retraitantes, participent à notre célébration eucharistique, nous devons voir à ce qu’ils « participent » vraiment, formant avec nous une seule « communauté célébrante » et ne soient pas de simples spectateur à une action faite par d’autres devant eux.
Autant de notions dont il faudra tenir compte dans une révision éventuelle de nos modes de concélébration. La notion théologique fondamentale à retenir est celle de l’unicité du sacrifice du Christ, à laquelle le nombre des célébrations n’ajoute rien en lui-même.L’autre notion tout aussi importante est celle de l’unité de la communauté qui doit être manifestée aussi dans la forme de célébration.
Armand Veilleux
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Chapitre pour la profession temporaire de Père Frédéric Rubwejanga
Scourmont, le 1er novembre 2010
Je ne suis pas venu faire ma volonté (Jean 6,38)
« Le premier degré d’humilité est l’obéissance sans délai.
Elle convient à ceux qui n’ont rien de plus cher que le Christ ».
Dès le début de sa Règle, après le Prologue et après une brève description de la structure interne de la communauté monastique, Benoît traite de trois vertus fondamentales qui sont profondément reliées l’une à l’autre : l’obéissance, le silence et l’humilité.Elles sont tellement reliées que, même s’il parlera longuement au chapitre 7 des douze degrés d’humilité, il commence le chapitre 5, sur l’obéissance, en disant que le premier degré d’humilité est l’obéissance sans délai.
Dès le début du Prologue, Benoît s’adressait à quiconque voulait revenir à Dieu par le labeur de l’obéissance.Dans le chapitre 58, sur la réception des frères il demandera que l’on s’assure que le candidat qui veut entrer dans la communauté soit capable de se donner assidument à l’obéissance et à l’humilité aussi bien qu’à l’opus Dei. Et, lorsqu’il sera admis à s’intégrer à la communauté il promettra sa stabilité, sa conversion et son obéissance. Cela est logique puisqu’un cénobite, selon Benoît, est quelqu’un qui a choisi de vivre dans une communauté, sous une règle commune et un abbé.
Pourquoi cette insistance de Benoît sur l’obéissance ?Serait-ce le souci d’un fondateur d’affirmer sa propre autorité, comme on le voit souvent de nos jours dans les textes des fondateurs de communautés dites « nouvelles ». Non ! La raison, Benoît la donne dès la deuxième phrase de ce chapitre 5, où il dit que l’obéissance "convient à ceux qui n’ont rien de plus cher que le Christ » (his qui nihil a Christo carius aliquid existimant).Il est même difficile de traduire dans une langue moderne toute l’intensité, l’intimité et même la tendresse de cette expression de Benoît.Il ne s’agit pas simplement d’aimer le Christ d’une sorte de froide charité théologale.Il s’agit de n’avoir rien de plus « cher » que Lui.
Mais quel est le lien entre l’obéissance et l’amour du Christ ? C’est que l’obéissance est l’attitude la plus fondamentale du Christ Lui-même à l’égard de son Père. Non seulement il nous a donné l’exemple en se faisant obéissant jusqu’à la mort -- et la mort de la croix -- comme le chante le si bel hymne christologique du chapitre deuxième de la Lettre aux Philippiens, mais l’obéissance est l’essence même de son lien au Père. Obéir c’est n’avoir qu’une volonté avec celui à qui on obéit.Obéir c’est aussi « écouter ». Or le Père engendre son Fils, son Verbe, en le disant ; et le Fils se reçoit du Père en l’écoutant. Ce qui se passe entre le Père qui dit son Verbe et le Verbe qui est dit par le Père c’est l’amour, appelé aussi Esprit. Nous sommes là au coeur de la vie trinitaire, au sujet de laquelle nous ne pouvons, évidemment, que balbutier en utilisant des images.
Lorsque le Verbe s’est incarné, il a dit, selon la belle expression de l’Épître aux Hébreux : « Voici que je viens pour faire ta volonté ». « Ut faciam voluntatem ». C’était, cher Père Frédéric, votre devise épiscopale – et déjà la devise de votre vie sacerdotale -- et vous voulez en faire la devise de votre vie monastique.
Vous avez bien compris que l’obéissance ne consiste pas d’abord à obéir à des ordres ou à observer des règlements, mais à se soumettre par amour à la volonté de Dieu qui se manifeste à nous de mille et une façons. Elle se manifeste d’abord dans notre existence de créature, y compris dans nos limites personnelles ; elle se manifeste dans les événements du monde, de l’Église, de notre communauté. Elle se manifeste aussi, évidemment dans les exigences de la vie monastique que nous avons choisie, avec sa dimension de solitude, de prière et de travail, et dans celle de la vie communautaire.Cela impliquera que, pour l’harmonie de la communauté on se soumette à des façons de faire qui n’ont rien d’essentiel, et souvent rien d’important en elles-mêmes, mais qui assurent la cohésion d’un groupe. Cela implique aussi, bien sûr, qu’on se soumette aux décisions de ceux qui, au sein de la communauté sont responsables de tel ou tel secteur et à celles de celui qui est appelé à veiller sur la communion de l’ensemble.Tous ces comportements d’obéissance, vous le savez, n’auraient aucune valeur, et même aucune signification, si ce n’étaient des moyens d’incarner dans notre vie de tous les jours notre obéissance au Christ, laquelle requiert, pour être vraie, que nous n’ayons vraiment rien de plus « cher » que Lui.
Eh bien, cher Père Frédéric, puisque vous désirez poursuivre au sein de notre communauté cet effort de faire toujours la volonté du Christ, qui a été le but de votre vie comme évêque, je vous invite à prononcer votre engagement à vivre cette obéissance au sein de notre communauté.
Armand VEILLEUX
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21 novembre 2010 – Fête du Christ Roi
Chapitre à la Communauté de Scourmont
Un roi qui meurt pour sauver son peuple
La fête du Christ Roi est toujours une bonne occasion de méditer à nouveau sur le texte du Prologue de la Règle de saint Benoît qui dit : « À toi s’adressent mes paroles, qui que tu sois, qui, ayant renoncé à ta volonté propre, pour suivre le Christ Seigneur, le vrai roi, prends les très fortes et glorieuses armes de l’obéissance. »
Saint Benoît parle du Christ Roi, mais l’image qu’il utilise n’est pas celle d’un maître sévère ayant ses sujets et ses esclaves à ses pieds.C’est celle d’un maître plein de bonté.À vrai dire, Benoît, en bon Romain du 6ème siècle, utilise des images militaires.Le Christ est un roi qui est descendu dans la bataille contre les puissances des ténèbres.C’est le Christ, tel qu’il nous est décrit dans la Lettre aux Philippiens.Il s’est humilié, anéanti ;il s’est fait obéissant jusqu’à la mort et la mort de la croix.Il a renoncé à revendiquer son égalité à Dieu.Il a renoncé à ses droits et privilèges, pour adopter cette forme ultime et parfaite de l’amour qu’est l’obéissance.Et c’est pour cela que le Père l’a gratifié et lui a donné le nom de Seigneur (Kyrios).Il trône sur la croix et il revient dans sa gloire à la fin des temps.
La célébration liturgique du Christ Roi fut instaurée en 1925 par Pie XI, qui l’avait assignée au dernier dimanche d’octobre. C’était l’époque où l’Église, qui boudait encore les républiques récemment établies dans le monde occidental, conservait une certaine nostalgie des monarchies en voie de disparition. (C’était d’ailleurs l’époque où certains, comme l’avait fait Dom Guéranger à la fin du 19ème siècle, affirmaient que l’Église était une monarchie). La réforme du calendrier après Vatican II a transféré cette solennité au dernier dimanche de l’année liturgique, lui donnant ainsi un caractère plus eschatologique (et moins politique).
Au troisième nocturne ce matin, nous avions une belle homélie de saint Jean-Chrysostome où il affirmait que c’est le propre du roi de mourir pour son peuple. Dans l’antiquité la royauté apparaît lorsque des groupes humains, des tribus, des nations demandent à quelqu’un de fort, courageux et entreprenant, de se mettre à leur tête pour organiser leur vie collective et en particulier leur défense contre les attaques de leur ennemis. Le roi est donc normalement le premier sur la ligne de combat dans les batailles et le plus exposé. Il s’agit tout d’abord d’un service qui se transforme facilement en pouvoir sur son propre peuple et parfois en asservissement.
Dans la littérature monastique pachômienne il y a un petit ouvrage appelé le Liber Orsiesii, qui est l’oeuvre de Horsièse, le deuxième successeur de saint Pachôme à la tête de la Koinonia ou Congrégation pachômienne. Or l’un des points centraux de ce document est de mettre en garde les supérieurs et tous ceux qui ont des responsabilités dans la communauté de profiter de leurs fonctions pour se donner des privilèges ou se procurer des satisfactions que les autres membres de la communauté n’ont pas.Rien n’est plus opposé à l’esprit du Christ, comme nous le rappelle l’évangile d’aujourd’hui, dans le récit de la crucifixion selon saint Luc.
Dans cette scène, alors que le peuple reste là, silencieux à regarder le Christ crucifié, tous les autres se déchainent et, finalement disent la même chose.Les chefs du peuple juif ricanent et disent : « Il en a sauvé d’autres, qu’il se sauve lui-même ». Les soldats se moquent de lui et disent : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même » Et même le premier des deux larrons lui dit : « N’es-tu pas le Messie ?Sauve-toi toi-même ».
« Sauve-toi toi-même » répètent-ils tous.Comme si Jésus était venu pour se sauver lui-même et non pour sauver tous ceux qui étaient perdus.On l’invite à montrer sa puissance en descendant de la croix.Mais il est justement monté sur la croix pour manifester sa faiblesse – notre faiblesse, qu’il avait assumée.Ils sont tous trop conscients de leur pouvoir et de leur valeur personnelle pour se rendre compte qu’ils ont besoin d’être sauvés.Il ne peuvent imaginer rien d’autre qu’un roi plein de pouvoir et de puissance, alors que la fonction première du roi que Dieu avait donné au Peuple à l’époque de Samuel était de défendre les pauvres, les petits, la veuve et l’orphelin, de faire justice aux faibles et aux opprimés.
À notre époque où l’Église après avoir été dépouillée de son pouvoir a perdu aussi même sa crédibilité auprès d’une grande partie de la population, elle serait bien mal venue de faire de la fête du Christ Roi une occasion de triomphalisme.Elle doit plutôt voir son modèle dans le roi qui meurt sur la croix, non pas pour se sauver lui-même, mais pour sauver son peuple, comme le pasteur qui risque et donne sa vie pour ses brebis.
Le bon larron – dont je parlerai plus longuement dans l’homélie de la messe, ce matin – demande à Jésus de se souvenir de lui « Souviens-toi de moi quand tu viendras établir ton règne ».C’est le souvenir qui relie au Christ les croyants de tous les temps, c’est-à-dire ceux qui se souviennent de lui et de la recommandation qu’il leur a faite : « Faites ceci en souvenir de moi ».Mais c’est aussi, et avant tout, le souvenir que Lui, Jésus, a de tous les siens, qui les relie à Lui. « Souviens-toi de moi » dit ce larron qui n’avait évidemment pas entendu la recommandation de Jésus à la dernière cène, mais qui savait peut-être ce que Jésus avait dit de la femme qui lui avait arrosé les pieds de parfum, les avait arrosés de ses larmes et essuyés de ses cheveux : « Partout où cet évangile sera annoncé, avait-il dit, on rapportera ces faits en mémoire d’elle ».
C’est ce souvenir que Jésus a de nous qui établit un pont entre l’éternité et notre vie d’ici-bas. Le royaume éternel de Dieu est alors instauré dans le moment présent : « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »
Notre vie, qui se veut une vie de prière continuelle, c’est-à-dire une vie en présence de Dieu, s’efforce de conserver présent en nos coeurs le souvenir de Jésus. Mais cela n’est possible que parce que Jésus se souvient lui-même de nous. Il est notre roi parce qu’il a donné sa vie pour nous défendre et nous racheter. Efforçons-nous de faire de même les uns pour les autres.
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Chapitre pour le 1 janvier 2011
Voeux pour l’An Nouveau
Longtemps avant que l’on ne considère le 1er janvier comme début de l’année civile, l’Église de Rome célébrait la fête de Marie comme Mère de Dieu, en l’Octave du Jour de Noël. On voit en cela toute la sobriété et la justesse théologique du culte de Marie dans l’Église des premiers siècles. Longtemps avant que la piété populaire – pas toujours bien éclairée du point de vue théologique – ne multiplie les titres de Marie, l’Église la célébrait sous le titre qui fait essentiellement toute sa gloire : elle est Mère de Jésus de Nazareth qui est le fils de Dieu.Elle est donc Mère de Dieu. Toute sa gloire lui vient de son Fils, et sa célébration, qui fut durant très longtemps l’unique fête mariale du calendrier liturgique, se situe dans la lumière du mystère de l’Incarnation, le jour octave de la célébration de la naissance de son fils.
Ce mystère de Marie, Mère de Dieu, est l’objet de la célébration liturgique d’aujourd’hui. Mais le 1er janvier est aussi désormais – et depuis longtemps – considéré comme début de l’année civile. C’est l’occasion de se souhaiter toutes sortes de bonnes choses pour l’année qui commence.C’était aussi, dans nos familles chrétiennes traditionnelles, le jour où le père de famille bénissait sa famille. Cette tradition a inspiré le choix de la première lecture de la messe, qui nous rapporte la grande bénédiction prononcée par Aaron sur le peuple d’Israël au début de l’Exode du Peuple en direction de la Terre Promise.
La formule de bénédiction utilisée par Aaron est très belle : « Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il se penche vers toi... qu’il t’apporte la paix ».
C’est avant tout à travers son visage qu’une personne révèle non seulement ce qu’elle a dans le coeur, mais ce qu’elle est.C’est pourquoi tous les grands prophètes et les grands mystiques de l’Ancien Testament ont désiré voir la face de Dieu.De Moïse il est dit que Dieu lui parlait face à face comme à un ami. Le visage d’une personne peut éclater de joie, tout comme il peut est sombre, rempli de douleur ou de colère.C’est pourquoi l’homme qui désire voir la face de Dieu, a aussi peur de ne pas pouvoir supporter ce face à face.
La bénédiction d’Aaron demande donc : « Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage ».Le souhait est que la personne sur qui est prononcée cette bénédiction soit enveloppée, éclairée, transformée par la lumière qui jaillit de la face de Dieu. Or, lorsque Moïse demande à Dieu de lui faire voir sa gloire il ne lui est permis de la voir que de dos, c’est-à-dire en « marchant à sa suite », en se faisant son disciple.
La deuxième lecture, tirée de la lettre de Paul aux Galates, nous dit qu’à la fin des temps, en ce temps qui est le nôtre, la lumière de la face de Dieu s’est manifestée.Elle s’est « envisagée » ; est apparue sur un visage humain, celui de Jésus, né de Marie.La splendeur de la lumière divine est apparue sur le visage de Jésus.Cette face humaine, bafouée, voilée, défigurée,est l’effigie de la substance divine, comme cela fut révélé aux trois disciples privilégiés le jour de la Transfiguration.Nous-mêmes, transformés par l’Esprit Saint qui habite en nous, sommes transformés par cette lumière et savons que nous le verrons un jour face à face.
Le 1er janvier est aussi l’occasion de jeter un coup d’ sur l’année qui vient de s’écouler, afin de faire une sorte de bilan. Tout d’abord pour remercier Dieu des grâces reçues, et aussi pour reconnaître s’il y a lieu nos manques de correspondance à la grâce et percevoir ce que Dieu attend de nous pour l’année qui vient.Cela chacun doit le faire pour lui-même en son propre coeur. Nous devons aussi le faire en tant que communauté, en temps qu’Église et en tant que Société.
Au niveau communautaire nous avons beaucoup de choses dont nous pouvons rendre grâce à Dieu. Tout d’abord nous sommes encore tous là ! Nous avons tous vieilli d’une année, mais nous n’avons connu aucun décès (après ceux de Dom Guerric et Père Charles l’année précédente). La santé de nos anciens est stable, et grâce à la générosité de plusieurs frères, il nous est possible de leur donner ici-même, au sein de notre communauté, les soins dont ils ont besoin.Père Prieur a eu un sérieux accident de santé, mais il s’en est bien remis. Les postulants ne se bousculent pas au portillon, mais quelques candidats ont fait des stages en communauté, et cela pourra déboucher sur une ou l’autre entrée dans l’année qui vient.Et puis nous avons eu une profession temporaire et une profession solennelle. Notre situation matérielle est saine et nous permet d’aider assez largement les nécessiteux de notre région et d’ailleurs ainsi que diverses communautés de notre Ordre moins favorisées. – Donc nous avons beaucoup de choses dont nous pouvons et devons rendre grâce à Dieu.
En ce qui concerne l’Église – aussi bien l’Église universelle que celle de Belgique – ce fut une année difficile et pénible.Il y a eu toutes ces révélations sur des actes répréhensibles et parfois criminels commis par des membres de l’Église, ce qui est évidemment attristant. Et puis il y a aussi de la part de certains milieux un acharnement à vouloir en profiter pour noircir toute l’Église.C’est l’occasion de nous humilier collectivement ; mais cela ne doit pas nous empêcher de témoigner, surtout à travers notre vie, de notre foi et de nos convictions. Il faut évidemment prier tout spécialement pour ceux qui doivent, en ces circonstances, assumer des responsabilités pastorales au sein de l’Église.
Au niveau politique, ce n’est pas brillant non plus.Plus de 200 jours après les élections, la Belgique n’a toujours pas réussi à se donner un gouvernement.Autre situation à porter dans nos prières, car c’est vraiment la seule chose que nous puissions faire à notre niveau.
Le premier janvier est aussi depuis longtemps considéré comme une journée mondiale de prière pour la paix.Comme les années précédentes, celle-ci se termine dans les bruits de guerre : la guerre n’est pas finie en Irak ; elle fait rage de plus belle en Afghanistan. La paix n’est jamais totalement assurée au Congo, et la Côte d’Ivoire est au bord d’une guerre civile.Prions donc tout spécialement en cejour le Prince de la Paix pour tous ces peuples éprouvés.
Et je voudrais terminer en prononçant sur vous tous la belle prière d’Aaron :
« Que le Seigneur fasse briller sur vous son visage, qu’il se penche vers vous...etqu’il vous apporte la paix ».
Armand VEILLEUX



