Dom Armand Veilleux

 Dom Armand Veilleux a été abbé de Scourmont de 1998 à 2017. Il avait été auparavant abbé de l'Abbaye de Mistassini, au Canada et de celle Holy Spirit, en Géorgie, aux USA. Il avait aussi participé à une fondation monastique au Ghana, en Afrique.

Au moment de venir à Scourmont, il était, depuis 1990, Conseiller de l'Abbé Général pour les monastères de langue anglaise et Procureur Général de l'Ordre auprès du Saint-Siège.

Docteur en théologie (spécialisation en liturgie), il est spécialiste du monachisme copte, particulièrement de saint Pachôme. Il est en charge de faire le lien entre l’OCSO et l'Association Internationale des Communautés de Laïcs Cisterciens (AICLC)

Il a bien connu les moines de Tibhirine en Algérie et a suivi de près l'enquête sur leur assassinat en 1996.

Dimanche des Rameaux

1 avril 2012 – Dimanche des Rameaux

Abbaye de Scourmont

Chapitre

Nous avons eu la semaine dernière une bonne session sur l’Évangile de Marc et en particulier sur le récit de la Passion. Je ne reprendrai évidemment pas ce commentaire. À l’Eucharistie de ce matin, je commenterai un aspect de ce récit. Pour le moment, je m’arrêterai à la deuxième lecture de la Messe, le chapitre 2 de saint Paul aux Philippiens

Le meilleur commentaire possible du récit de la Passion, nous le trouvons dans cet admirable chapitre 2 de la lettre de Paul aux Philippiens.Il s'agit d'une hymne christologique qui nous trace en quelques lignes un tableau grandiose de tout le mystère pascal que nous célébrons cette semaine.Et il est très important pour nous de ne jamais perdre de vue tous les éléments de ce mystère pascal, qui comprend, inséparablement, la passion du Christ et sa Résurrection.

Dans notre liturgie chrétienne nous ne célébrons jamais un Christ mort, même pas le Vendredi Saint.Nous célébrons toujours le Christ ressuscité, le Christ qui est passé par la mort mais que le Père a ressuscité, et qui est assis à la droite du Père, intercédant pour nous.Et c'est pourquoi ce mystère est toujours pour nous le fondement de notre espérance.

Paul, dans sa lettre aux Philippiens, nous dit que le Christ, qui était dans la condition divine, n'a pas jugé devoir retenir cette condition comme un droit.Il s'est dépouillé, il s'est anéanti, se faisant obéissant jusqu'à la mort sur la croix.Et c'est pourquoi, dit Paul, précisément parce qu'il a renoncé à faire valoir tout droit, qu'il a pu tout recevoir comme don, et le Père l'a ressuscité et lui a fait la grâce, le don d'être appelé Seigneur, Kurios.

Dans la logique chrétienne, tout abaissement, tout dépouillement accepté dans un esprit d'obéissance à la volonté de Dieu constitue une ouverture, une disposition à recevoir le don de la vie en plénitude.Je me souviens d’avoir commenté ce texte à Alger, dans une homélie pour le Jour des Rameaux 1996, alors que nos frères de Tibhirine étaient encore en captivité et que nous ne savions pas si on les retrouverait vivants ou morts. Je disais alors : «Il est normal, certes, d'être très préoccupé et de craindre toutes sortes d'issues au drame; mais nous savons que, quelle que soit l'issue, elle sera dans la ligne de la plénitude de la vie ».

Dans la liturgie, nous célébrons non seulement Jésus dans ses trente-trois ans de vie humaine, mais le Ressuscité qui, depuis sa résurrection, continue d'être incarné en tout homme et en toute femme, et tout particulièrement en toute personne qui souffre. Au cours de cette Semaine Sainte, il convient de penser spécialement à tous les peuples actuellement en guerre, et ils sont nombreux.Que ce soit l’Afghanistan ou la Syrie ou encore le Mali.À cela il faudrait ajouter toutes les personnes qui souffrent des conséquences de la crise économique, qui, comme toujours, affecte les plus pauvres et les plus précaires.

Tout au long de cette semaine apprenons à mettre nos pas dans les traces du Christ, sachant que si ce chemin passe par le jardin de Gethsémani et le Golgotha, il conduit aussi au sépulcre ouvert du matin de Pâques et à la montagne de l'Ascension vers le Père.

(Nouvelles de l’Ordre)